Le prieuré Saint-Aubert de Boves

Le prieuré Saint-Aubert de Boves : résultats de la prospection géophysique (2019)

Dépendance du monastère clunisien de Lihons-en-Santerre, le prieuré Saint-Ausbert fut fondé par un seigneur de Boves, dans la basse-cour de son château. Il se trouve au bord de la falaise dominant la vallée de l’Avre-Noye et surplombant de près de 30 m le village-rue de Boves et son église rebâtie par Godde en 1808.

Une étude géophysique est menée le 25 avril 2019 par l’entreprise Analyse Géophysique Conseil SARL. Les bonnes conditions de prospection ont permis de couvrir la parcelle (AE 93) située au sud du bâtiment prioral, initialement prévue, ainsi que les espaces libres de la parcelle (AE 96) située au nord du bâtiment prioral et une bande de part et d’autre de l’entrée actuelle de la ferme du prieuré (sur les parcelles AE 98 et 101).

D’une manière générale, les données traduisent un sous-sol hétérogène qui pourrait s’expliquer par la présence d’une forte épaisseur de remblai.

Façade nord du logis prioral (cl. S. Charrier)

I/ La zone sud

La majorité des anomalies détectées se situe entre 0,60 et 1m de profondeur. Leur orientation est légèrement décalée par rapport à l’axe du bâtiment et quatre lignes forment un « couloir » en L qui pourrait venir s’accrocher au logis prioral. Un autre alignement en équerre limite un espace rectangulaire à l’est de l’espace précédent, avec la même orientation générale.

Si le dessin général peut faire penser à l’ébauche de galeries de cloître sur lesquelles vient se greffer un « bâtiment » à l’est, leur faible résonnance interdit d’y voir des aménagements pérennes à l’image du solide bâtiment prioral. N’oublions pas qu’un compte rendu de définition de Cluny, du milieu du XVe siècle, signale que le cloître a été « brûlé » à cause des guerres.

II/ La zone nord

Outre quelques aménagements superficiels (caniveau, réseau), le toit des calcaires présente un pendage vers le nord-ouest.

Au nord-est du bâtiment prioral, plusieurs anomalies linéaires de fortes intensités apparaissent entre 0,70 et 2,20 m de profondeur et forment un rectangle divisé en deux parties par un refend. Distante d’environ 6 m du bâtiment prioral, cette structure, certainement construite, est parallèle à ce dernier et les deux pignons orientaux sont sur le même alignement. Il s’agit vraisemblablement d’un édifice maçonné.

Au nord de ce probable édifice, d’autres structures, plus superficielles ont des orientations différentes. La structure principale forme un rectangle de 3 m de large sur au moins 9 m de long ; il s’agit certainement d’un petit édifice maçonné.

Les variations de stratigraphie entre les structures permettent d’envisager deux phases ou deux types de construction différents.

Dans l’état actuel de la recherche et en combinant les données historiques et archéologiques, nous pouvons proposer un premier phasage général.

Phase 1 : un établissement antérieur au prieuré clunisien (IXe-XIe siècle)

– Fondation carolingienne (celle de Saint-Wandrille) ?

Phase 2 : un premier édifice clunisien (1ère moitié du XIIe siècle)

– Seconde moitié du XIe-début XIIe siècle, exploitation d’une carrière.

– Création du prieuré clunisien au début du XIIe siècle et construction d’un premier bâtiment.

Phase 3 : reconstruction du logis prioral (fin du XIIe siècle)

– Reconstruction du logis prioral dans le dernier quart du XIIe siècle.

– XIIe-début XIIIe siècle, aménagement de caves à partir de la carrière.

– Extension du logis prioral à la fin du XIIe siècle.

Phase 4 : destructions et réparations (XVe siècle)

– A la fin du XIVe siècle, les édifices sont en bon état.

– En 1401, des travaux sont nécessaires pour la couverture du chœur et de la nef de l’église.

– En 1404, des ruines sont signalées dans les voûtes du chœur cette fois (in volta ecclesie super altare).

– En 1406, les réparations ont été effectuées.

– En 1437, de grandes réparations s’avèrent nécessaires.

– En 1451, l’église, le « cloître » (claustrum) et les autres édifices avaient été brûlés à cause des guerres, sauf une résidence (aula).

Phase 5 : une lente et relative détérioration (XVIe siècle)

– Au XVIe siècle, le prieuré reste un lieu de résidence régulière, de plus en plus mal entretenue ?

– A la fin du XVIe siècle, son état est détérioré, suite aux guerres civiles.

Phase 6 : une grande restructuration (XVIIe siècle)

– Dans le premier tiers du XVIIe siècle, le logis prioral est totalement remanié (à partir de 1632).

– A la même période, réaménagement de l’espace de caves.

– A la fin du XVIIe siècle, des travaux sont en cours sur la clôture du prieuré.

Phase 7 : les derniers aménagements (XVIIIe siècle)

– Au XVIIIe siècle, les bâtiments de la ferme sont (re)construits.

– À l’extrême fin du XVIIIe siècle a lieu un réaménagement strictement utilitaire (logis et écurie).

Prospection géophysique. Plan général d’interprétation

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