Grandmont

Bilan des fouilles de l’espace monastique en 2018

I) L’église médiévale

1) La nef

La partie sud de la nef a été décapée. On a retrouvé l’année dernière une ancienne porte faisant communiquer l’église et le cloître. Dans la partie est, les remblais de démolition de l’église sont directement sur le géol. En revanche dans sa partie ouest, subsiste un dallage de granit collé contre le fantôme du mur gouttereau sud de la nef qui a été entièrement démonté. Cette campagne a permis de reconstituer le dallage de l’église : dalles rectangulaires le long des murs gouttereaux et des bandes de dalles hexagonales coupées par des lignes de dalles rectangulaires du nord au sud.

2) Le chevet et sa chapelle latérale

Les fondations du chevet sont recouvertes d’une épaisse couche de mortier et sont associées à un contrefort arasé au même niveau qui s’adapte à la pente du rocher tout comme les fondations. Le mur oriental de la chapelle latérale est construit dans une étroite tranchée de fondation creusée dans le granit. La construction est située en rebords de pente naturelle, il repose sur le géol et les terres noires forment une terrasse. Les trois premières assises sont construites avec des blocs biens taillés et sans réemploi contrairement aux dernières assises. La partie basse du mur est donc associée à la semelle de fondation du chevet. La partie haute vient s’accoler à l’élévation du chevet. On a eu des problèmes de stabilité de cette partie de l’église. Tout cela témoigne de deux états du mur de chapelle.

La pente a été purgée de l’arène. On est ici en rebord oriental du promontoire naturel. Le rocher est recouvert par une alternance de remblais sableux et de terre noire. À la surface des remblais, un cimetière a été installé. Les tombes sont agencées sur deux lignes nord-sud avec au moins deux phases d’inhumation. Cinq fioles en plomb avec une croix gravée ont été retrouvées, certaines en place sur le thorax des individus. Un défunt avait également une fiole en verre sous le crâne et une croix en plomb dessous. L’ensemble du cimetière est recouvert par un remblai de terre noire riche en mobilier qui est mis en place lors du grand terrassement effectué à l’est du chevet à l’époque moderne.

II) Le groupe claustral médiéval

1) Les galeries du cloître

Dans la galerie nord du cloître, le dallage a été démonté à l’est et conservé à l’ouest. Il est composé d’un pavement associé à de très nombreuses dalles funéraires, et reposant sur un remblai de nivellement de l’arène. La terre marron meuble qui est sur le sol géologique scelle plusieurs fosses d’inhumation. Les fosses d’inhumation sont plus importantes dans le secteur de la porte. On note des réinhumations dans la plupart des fosses avec de nombreux recoupements.

Pour le mur de galerie orientale du cloître, l’assise supérieure comporte des réemplois et s’appuie sur une assise plus large. Le mur est-ouest recoupe un contrefort associé au dernier état du mur bahut oriental et fonctionnant avec le dallage de la cour du cloître. Le mur bahut se poursuit vers le sud après avoir été recoupé par le mur de galerie du XVIIIe siècle.

2) La cour du cloître

On a démonté une partie du dallage dans l’angle nord-est de la cour. Les pierres sont épaisses et reposent sur un remblai de nivellement hétérogène de terre noire, contenant de la céramique (XIVe-XVIIIe siècle) ainsi que des fragments de verre creux et du vitrail. Le dallage n’est pas jointoyé au mortier et il est associé au mur-bahut de la galerie nord du cloître. On y trouve des réemplois comme une base de colonne.

Sous le dallage, deux structures arasées, antérieures aux murs bahuts nord et est ont été révélés. On a tout d’abord un contrefort qui n’a aucun réemploi et qui est assisé dans le substrat arénisé. Il pourrait fonctionner avec le premier état du mur-bahut de la galerie orientale du cloître. On a donc ici le témoin d’un espace claustral antérieur qui est légèrement décalé par rapport au cloître encore en élévation. La seconde structure maçonnée est une construction en L qui borde deux fosses, au sud du mur-bahut nord. La maçonnerie repose sur le géol, elle est accolée directement aux deux assises inférieures du mur-bahut. La structure excavée peut donc fonctionner avec un premier état du mur bahut (un pourrissoir ?).

III) L’aile orientale du monastère médiéval

1) Les murs, les sols et les canalisations

Les vestiges ne comportent pratiquement pas de réemplois. On a du mal à comprendre l’agencement de l’ensemble car on retrouve une succession de murs d’orientation et d’appareillage différents. L’ensemble est perturbé par l’implantation du mur de galerie du XVIIIe siècle qui a entrainé l’arasement de tous les murs. On a pu identifier deux espaces. L’espace nord, qui est accolé à la chapelle, dispose d’un sol pavé de dalles de granit qui recouvre une canalisation dont on n’a pas le passage à travers le mur-bahut ce qui laisse penser qu’elle est antérieure à cet état du mur. L’espace sud, a possédé deux sols successifs : un pavement de terres cuites puis un dallage de granit à la même altitude que celui de l’espace nord. Ces sols recouvrent deux canalisations parallèles dont on a la continuité à travers le mur-bahut de la galerie orientale du cloître.

2) Techniques de construction

Les structures sont constituées de plusieurs blocs de granit directement débités du sous-sol naturel et replacés pour faire blocage. Les plus gros blocs sont au-dessus et encadrent deux pierres taillées qui sont alignées. Ce secteur permet donc surtout de comprendre les techniques de construction. Sur le site, les constructeurs suivent les arêtes du substrat géologique et les utilisent comme bord de fosse ou limite de tranchée. Ils remblaient avec du granit qu’ils utilisent pour mettre à niveau. Les constructeurs connaissent parfaitement le sol naturel.

IV) Le grand bâtiment XVIIIe

On a retrouvé une cave monumentale comblée avec du remblai contenant peu de mobilier qui fait penser au remblai du comblement de la tranchée de fondation du mur ouest de ce grand bâtiment.

C’est un rectangle composé de plusieurs murs sans départ de voûtes ou traces d’un plancher pour le rez-de-chaussée mais on distingue deux parties dans la maçonnerie avec un décalage entre les deux qui peut correspondre à l’articulation entre le sous-sol et le rez-de-chaussée. Le mur nord correspond à un mur de refend pour séparer différents espaces dans la cave. Aucune trace de sol n’a été clairement retrouvée, on peut penser que des blocs de rocher devaient affleurer ça et là sur le sol de la cave.

Les blocs sont des grands modules, sans réemplois, parfaitement assisés avec de nombreux glyphes. 41 marques de taille de pierre, ce ne sont pas des repères pour la construction. On trouve des lettres et des signes plus ou moins élaborés (en tout 17 marques différentes). Trois tailleurs ont réalisé à eux seuls environ la moitié des blocs répertoriés. Il s’agit peut-être de marques des tailleurs de pierre limousins pour individualiser leur travail et être payés en fonction de la qualité et du nombre de blocs taillés.

Un massif de maçonnerie a été implanté à l’angle nord-est de l’espace de la cave en recoupant les remblais d’aménagement de la cave. Il comporte des réemplois médiévaux contrairement aux autres murs. Il pourrait s’agir d’un môle destiné à supporter un engin de levage pour extraire les blocs de granit des murs du XVIIIe siècle lors de leur démontage au siècle suivant (exploitation en carrière par l’entrepreneur Binet de Limoges à partir de 1820). Une structure similaire, un quai d’embarquement, a été découvert en travers du cloître médiéval en 2017.

Plan interprétatifPDF