Etudes du bâti

Archéologie du bâti en Limousin et en Bretagne

 

Arnaud Ybert

 

Rapide bilan du projet relatif à la construction en granite à l’époque médiévale. Le premier volet se limitait à l’étude de l’église de Bénévent. Nous l’avons codirigé avec Sabine Racinet. Il a débouché sur deux opérations distinctes : l’une portée désormais par Sabine Racinet et Jean-Marc Popineau et l’autre qui est le projet susmentionné.

J’ai organisé, dans ce cadre, un stage d’archéologie du bâti en Limousin au cours du mois de mai 2025. L’objet de ce stage était d’observer les techniques de construction utilisées dans six édifices régionaux, tous construits en granite au cours du Moyen Age central. Ont été retenues les collégiales de Bénévent, de Grand-Bourg, de La Souterraine, du Dorat, de Magnac-Laval, et l’abbatiale de Saint-Benoit du Sault. Les églises de Saint-Amand Magnazeix et de Dompierre-les-Églises (master Maxime Forville) ont été incluses a posteriori. Les 16 étudiants bretons et limousins ayant participé au stage ont réalisé des orthophotographies de chacun des édifices, dressé les relevés pierre à pierre correspondants, étudié statistiquement les dimensions des blocs et observé les maçonneries. Le stage s’est poursuivi durant un mois au pôle universitaire de Quimper, au cours duquel l’équipe est parvenue à un certain nombre de conclusions qu’elle a présentées lors d’un séminaire de recherche le 19 juin. Les premiers résultats avaient été évoqués dans une conférence à Bénévent, le 16 mai.

Parmi les résultats, les plus marquants sont la standardisation précoce de la taille de la pierre, l’absence de corrélation durant cette période entre les dimensions des blocs en oeuvre et la date de réalisation de l’édifice, ainsi que l’absence de différences de construction majeures entre les édifices romans et gothiques. L’opération a été financée uniquement par l’Université de Bretagne Occidentale. Le SRA de Nouvelle-Aquitaine a soutenu l’opération en 2023 et en 2024. Un rapport a été rendu en 2024 relativement à la première campagne. Mes efforts se sont concentrés en 2025 sur le rapport Grandmont. Je compte rendre le rapport en 2026.

L’observation grossière des églises granitiques de Bretagne laisse envisager que les évolutions majeures dans l’usage de ce matériau se situent plutôt au XIVe siècle, dans un contexte de développement du procédé indirect, de l’explosion du nombre de forges régionales et de modification progressive de la disponibilité en bois découlant de la déprise agricole à partir du deuxième tiers du siècle.

Pour vérifier cette hypothèse, un stage d’archéologie du bâti sera organisé du 9 au 16 mai 2026 à Tréguier (22). Trois églises seront étudiées : l’église Sainte-Catherine de la Roche-Jaudy, celle de Brélevenez, à Lannion, et la cathédrale de Tréguier. Aux traditionnelles études de bâti, le stage associera des prospections côtières à la recherche de carrières médiévales à l’Ile Grande (des études géologiques montrant que le granite mis en œuvre dans ces trois édifices en provient). Une campagne de formation aux archives départementales est également prévue. Le séminaire annuel sera organisé le 18 juin 2026, à Quimper.

Dans les années à venir, je prévois [de poursuivre les études d’archéologie du bâti] alternativement en Bretagne ou en Limousin et de consolider le partenariat avec l’université de Limoges. Seuls deux étudiants de cette université participent aux activités pour l’instant, pour quatorze bretons. L’idée serait de rééquilibrer cela à terme.


Les abbayes des Hauts-de-France

 

Jean-Luc François

 

Membre du CAHMER depuis son origine, j’ai longtemps centré mes travaux sur l’abbaye prémontrée N.-D. de Lieu-Restauré, à Bonneuil-en-Valois (Oise), de 1966 à 2012, date à laquelle notre Association de Sauvegarde de l’Abbaye de Lieu-Restauré a été expulsée du site par le propriétaire.

Depuis, l’action de l’association s’est limitée à trois publication :

  • L’abbaye de Lieu-Restauré, un demi-siècle de sauvegarde et de restauration, par Philippe Smadja (membre de l’association), HMA vol. 27, 2014.

  • « La rose de l’abbaye N.-D. de Lieu-Restauré », par Jean-Luc François, Bulletin du GEMOB n° 169-170, 2016.

Cette dernière publication de synthèse sur l’histoire, l’archéologie et l’architecture de l’abbaye, est la dernière action de notre association. Délaissé depuis 2012 par le propriétaire, ce magnifique édifice est de nouveau en péril, malgré notre action pendant 48 ans. Toutes les archives de notre association : dossiers, études, plans et photos, ont été données aux A.D. 60 en septembre 2025.

Avec la SHAS, notre association a participé à une ultime intervention lors de la journée d’étude sur les abbayes du Valois et des pays limitrophes, le 14/02/26, à l’abbaye Saint-Vincent à Senlis. J’ai présenté un projet d’inventaire des biens temporels de toutes les abbayes, prieurés et couvents de cette région (77 établissements), afin de quantifier et connaître ce potentiel architectural et historique. L’ampleur de la tâche nécessite un travail collectif de toutes les personnes concernées par l’étude des bâtiments religieux. Il s’agit, dans un premier temps, de cocher les différents composants (enceintes, granges, systèmes hydrauliques, par exemple), sur un tableau Excel qui sera géré sur un site approprié en cours de définition par la SHAS. Ces éléments pourront être notés avec une couleur en fonction de leur état ou de leur disparition. Par la suite, des petites fiches pourraient être ajoutées afin de mieux appréhender l’intérêt de chaque bien temporel. Ceux-ci concernent également toutes les possessions de ces établissements religieux : fermes, moulins, terres, etc., qui sont répertoriées dans un autre tableau Excel. Bien évidemment, ces tableaux sont évolutifs, pour les améliorer et les compléter en fonction des recherches. Ce travail collectif permettra d’évaluer la puissance matérielle et financière, ainsi que l’influence territoriale des abbayes au cours des siècles. En parallèle, l’état de ces constructions permettra d’alerter les autorités pour une action de sauvegarde si possible. La publication de cette journée d’étude sera faite par la SHAS avant la fin de cette année et les informations sur ce recensement des biens temporels y seront spécifiées.

Depuis 2013, j’ai reporté mon activité sur une autre abbaye prémontrée, N.-D. de Valsery, à Cœuvres-et-Valsery (Aisne). Détruite en partie (église et cloître) au cours de la Révolution, les bâtiments ont été bombardés en 1918, puis laissés à l’abandon. Toutefois, ils ont été classés M-H en 1986, grâce à la très belle salle capitulaire du XIIe siècle. Le dégagement des gravats de 1918 et les travaux de sécurisation des murs (autorisés par la DRAC) ont permis des découvertes architecturales et archéologiques très intéressantes, ceci étant couplé avec l’étude de l’archéologie du bâti. Cette abbaye possède un potentiel énorme de découvertes car aucune fouille n’a été programmée jusqu’à présent.

L’abbaye prémontrée N.-D. de Lieu-Restauré, par Morgan Hinard et Jean-Luc François, SHAS et Association de Sauvegarde de l’Abbaye de Lieu-Restauré, 2024.