Site fortifié de Murat
(cne Saint-Dizier Masbaraud, lieu-dit Les Tours, Creuse)
Bilan 2025
Richard Jonvel
La fouille archéologique de terrain sur le site de Murat « Les Tours » (fig. A) aura duré une bonne décennie (2013-2025). La campagne 2025 clôt la présence sur le terrain de l’équipe archéologique avec la remise en état du site. Le Cahmer aura pris en charge l’inscription et l’encadrement d’une centaine de bénévoles sur ce site archéologique. La problématique s’est construite par étapes, de la qualification de ce site comme anthropique (2011-2015) à un habitat groupé fortifié (2016-2019) de l’époque carolingienne. Cette aventure archéologique et humaine s’est achevée (2020 [(2022/2023, arrêt)]-2025) par la fouille exhaustive de la plateforme et une reconnaissance approfondie de ses rebords escarpés, permettant d’atteindre une couverture de 64 %, surface inaccessible incluse.
Après les derniers travaux de fouilles en octobre 2024, la première année de la nouvelle et dernière triennale (2025-2027) a été consacrée au rebouchage du site (fig. B) et à l’organisation des études : céramologie, faune, lapidaire et carpologie en sont les principaux domaines. Le petit mobilier métallique a, quant à lui, été restitué dès le rapport 2024 en raison de son caractère exceptionnel dans les corpus connus et rassemblés en France pour la période IXᵉ-Xᵉ siècle. Enfin, des vues par drone ont été réalisées en février 2025 sur plusieurs sites d’éperons barrés de la région, inscrits dans la vallée du Thaurion, où le site de Murat « Les Tours » constitue aujourd’hui un référentiel régional dénué de toute comparaison locale. Cette faiblesse documentaire et historiographique constitue l’une des dernières difficultés pour statuer parfaitement sur ce site et l’inscrire parmi les événements qui conduisirent le comté de Limoges à se fortifier. C’est à ce projet que se consacrent les travaux de prospection, auxquels a également participé le club archéologique de Montluçon par de nouveaux survols de la vallée du Thaurion en début d’année 2025.
La collection mobilière souffre de sa propre période de production : le IXᵉ et le Xᵉ siècle posent aujourd’hui des problèmes aux spécialistes car les typochronologies sont encore mal fondées. Les datations au Xᵉ siècle fournies par le spécialiste du petit mobilier métallique, Jean Soulat, interrogent lorsque les datations radiocarbone se concentrent sur le IXᵉ siècle. Ces biais conduisent-ils à ces écarts ? L’enjeu est de s’assurer, pour ce site, de bien caler les datations si l’on souhaite faire de Murat « Les Tours » un site de référence. Plusieurs datations radiocarbones restent à réaliser pour réduire, autant que faire se peut, ces incertitudes. En définitive, pour les occupations de la période médiévale, les études céramiques (Jean Soulat) et carpologiques (Marie Derreumaux) ont été remises dans les délais inscrits à l’agenda (décembre 2025). En revanche, l’étude de la faune, d’une grande complexité en raison de l’état du corpus (des esquilles de 1 à 3 cm au maximum), a été reportée à mai 2026 en raison du plan de charge de l’archéozoologue (Gaëtan Jouanin). Ces études démontrent, sans surprise, la pauvreté du vaisselier propre à cette période et dans un contexte de fort éparpillement, avec uniquement 245 vases (NMI), correspondant pour l’essentiel à des oules, et quelques rares contenants pour les liquides. L’étude carpologique confirme la prédominance du seigle et de l’avoine (à l’état carbonisé) sur les blés durs. Les plantes adventices ne peuvent être observées en raison de l’acidité des sols, peu propice à la conservation, et seules quelques graines de condiments laissent entrevoir un éventuel assaisonnement des plats. Les seigles et les avoines témoignent de cultures sur des sols pauvres et acides, et pluriséculaires, car ce sont les mêmes céréales que l’on trouve en abondance mentionnées dans les chartes de donation et les taxes fiscales.
Un autre enjeu de cette fouille porte sur l’antériorité de l’occupation du site, qui s’est progressivement imposée à nous. Les éperons barrés sont nombreux à porter la trace d’occupations multiples, mais bien souvent, les travaux de fortification et d’aménagement des habitats ont pu entraîner leur effacement, voire leur destruction totale. Murat « Les Tours » ne fait pas exception. Les remblais de nivellement du site ont révélé un lot significatif de céramiques protohistoriques (175 NR) et plusieurs fragments de meules (6). Si le lot céramique protohistorique demeure à étudier, les meules ont fait l’objet de notices individuelles par Olivier Troubat, membre du PCR « Groupe meule ». La datation des pièces va de la Tène B2/C1 à la première moitié du Iᵉʳ siècle de notre ère. Une seule correspond à une meule à huile ou à chanvre de l’époque médiévale lato sensu. À ce corpus, plusieurs meules va-et-vient, non étudiées spécifiquement, confortent la présence d’un habitat dont on ne saurait décrire la réelle importance, ni assurer que des éléments défensifs repérés dans le cadre de cette fouille sont à mettre au compte de cet habitat. Plusieurs oppida sont référencés dans le secteur, dont celui de Thauron qui contrôlait la vallée du Thaurion en amont de Murat, un site présentant d’ailleurs des roches vitrifiées (non datées). La circulation des biens et des personnes dès cette haute époque peut s’appuyer sur les prospections des bénévoles (Bernard Truffy). La présence humaine est attestée depuis le Néolithique, si l’on se réfère aux multiples nucleus ramassés sur les rives de cette rivière, dont quelques artefacts (hache, polissoirs) retrouvés dans les remblais inférieurs de la plateforme de Murat « Les Tours ». Les 780 fragments d’amphores vinaires dans ces mêmes remblais, confirment cette circulation des marchandises d’importation datées de la Tène D1/D2. Leur étude, toujours en cours (Guillaume Blondel, Stéphane Dubois), permettra de replacer le site dans le commerce vinaire du pagus Lemovicum.
L’éperon barré de Murat est, sans surprise à vrai dire, un repère géographique et topographique saisissant de l’organisation du peuplement de la vallée du Thaurion. En ce sens, la collecte des archives papier des prospecteurs bénévoles des années 1960 à 1980, à la belle époque du bénévolat des associations et clubs archéologiques, doit permettre de reconstituer une carte archéologique précise des différents sites répertoriés sur le terroir de Murat et ses environs. De même, les travaux sur la formation des paroisses à partir des cellulæ et pierres tombales de type sarcophage inventoriés (Jacques Roger), questionnent l’absence de Murat dans le réseau des églises paroissiales, en concurrence avec le centre paroissial de Saint-Dizier que les historiens s’accordent à dater du VIIIᵉ siècle (mais sans autre argument que le vocable) et le développement de paroisses aux XIᵉ et XIIᵉ siècles à Champroy, Bourganeuf ou Bosmoreaux. Cet encadrement religieux interroge la fonction et l’importance, limitée dans le temps, de cet habitat fortifié que seule la toponymie « Murat » conserve en mémoire. Les prospections au sein du village ont permis de repérer quelques vestiges de ce passé médiéval n’ayant pas laissé de traces écrites, comme l’âtre d’une cheminée comportant le remploi de deux corbeaux (fig. C et D). L’étalonnage chronologique des bases est daté des XVe-XVIe siècles.
Une communication portant sur un panorama de cette recherche archéologique a été donnée en juin 2025 à Aubusson, dans le cadre de journées d’étude à la mémoire de Jacques Roger. Une publication doit en découler en 2026.
Perspectives
En 2026, le programme ne sollicitera pas de subventions et le rapport 2025 sera rendu assez tard dans l’année, dans l’attente des études demeurant à restituer sur le financement 2025 (amphores, faunes). L’avis CTRA du rapport 2025 est fixé pour un rendu de rapport en septembre-octobre.
Une demande d’AE (aide à l’étude) sera sollicitée alors à cette occasion pour l’année 2027, pour financer les analyses suivantes : étude des roches vitrifiées, anthracologie et céramiques protohistoriques.
Un grand merci à Marc Racinet pour l’audience numérique offerte à cette opération archéologique sur le site internet du cahmer : www.cahmer.fr.





La dernière intervention archéologique de terrain sur l’éperon barré de Murat « Les Tours » (2024)

La campagne 2024 marque la dernière intervention archéologique de terrain sur l’éperon barré de Murat « Les Tours », après une décennie uniquement interrompue entre 2022 et 2023. C’est aussi le début de la troisième autorisation triennale (2024-2026) qui vise à conduire à son terme les analyses et les études des artefacts et écofacts recueillis sur l’éperon, ainsi que ceux du sondage exploratoire au sein de l’aire cimétériale de Murat (48 m²). Les motivations de ce programme scientifique furent de deux ordres. Dans les années 1960, le service vicinal ouvra une carrière de pierraille au sein de l’éperon pour la réfection de la route de Mérignat (D22), depuis la route du Moulin de Murat. Les traces de « calcinations sur les roches », d’une couche de cendre à 1 m sous le niveau du sol actuel et des fragments de meules, d’os, de poteries, de silex taillés furent répertoriés grâce aux observations avisées de l’Association Les Compagnons de la Tour, trois bénévoles archéologues de la région de Bourganeuf qui se questionnèrent dès lors sur l’existence d’une motte féodale. Il s’agit à proprement parler des inventeurs du site, le site n’apparaissant dans aucune publication avant 2013. Cette carrière resta en sommeil jusqu’au milieu des années 1990, marquant une nouvelle décennie d’extraction de pierres entamant à terme 40 % de la plateforme sommitale environ. Le Service régional de l’Archéologie est alerté par un prospecteur bénévole de Murat à la fin des années 2000. Un premier reportage photographique des « terres noires » dans le front de taille de la carrière est effectué à l’hiver 2010, donnant lieu à une première phase d’étude documentaire et topographique de 2011 à 2012. Cette couche d’occupation, à l’aide d’une analyse radiocarbone, fut attribuée aux années 766-892, horizon chronologique confirmée par les rares tessons de poterie accompagnant cette unité stratigraphique. C’est donc dans un contexte d’urgence que tient la motivation première de cette opération archéologique. Par la suite, la confiance des propriétaires du terrain et l’anthropisation constatée du site jusqu’au substratum lors des sondages manuels en tranchée des années 2013-2015, permit d’inscrire pleinement ce site dans la problématique des sites et/ou habitats fortifiés du haut Moyen Âge. Ces travaux bénéficièrent des orientations précédemment fournies par les deux Projets collectifs de Recherche (Morphologies et mutations du castrum – L’exemple du Limousin, Xe-XIVe siècle et Fortifications et résidences des élites du haut Moyen Âge qui, tout en ignorant l’existence de Murat, contribuèrent à fournir un cadre de réflexion. Loin de la convergence heureuse des textes et des multiples castra du sud limousin, le centre est de l’ancien diocèse de Limoges parcouru par la vallée du Thaurion se découvre sur cette thématique pour la première fois avec la fouille de Murat.
Plus spécifiquement, la campagne 2024 a permis d’achever la fouille de deux entités périphériques (fig.0) participant à la mise en défense de l’éperon, d’une part le fossé occidental supérieur (secteur 1, 330 m²) et d’autre part le rempart vitrifié ceignant le rebord nord de la plateforme sommitale (secteur 2, 80 m²). Le fossé occidental supérieur (Us 1084) a été exploré une première fois dès la campagne 2013, élément topographique prépondérant de la topographie bouclant la pointe de l’éperon et de la confluence du Thaurion et de La Leyrenne. Il est creusé dans une roche métamorphique gneissique aux faciès hétérogènes, de zones fracturées par de multiples microfailles à des parois d’une extrême dureté. La section dégagée en 2013 avait révélé un fossé en U d’une largeur de 10,70 m à fond accidenté pour une profondeur d’entaille du rocher de 2,40 m côté escarpe (394,54 m NGF), de 0,35 m côté contrescarpe (394,26 m NGF). Ces travaux circonscrits dans le rocher étaient augmentés d’une part par l’élaboration de talus empierrés adjacents donnant à l’escarpe (399, 77 m NGF) une hauteur de 6,20 m depuis le fond et de même manière, une hauteur de 3 m à la contrescarpe. D’autre part, contrescarpe et escarpe étaient marquées à leur base par une entaille droite à travers le rocher, tendant même à une excavation en pied d’escarpe nécessitant à tout assiégeant d’escalader littéralement le rocher. Le remplissage du fossé s’était signalé par son caractère vierge d’artefacts dans un assemblage de terres organiques végétales avec une proportion de pierrailles plus importante en pied d’escarpe. Le fond schisteux argileux par endroit avait formé une croûte indurée suite aux ruissellements durant la phase de fonctionnement, remplissant les interstices rocheux, n’abondant pas non plus en mobilier archéologique.
La gestion des remblais de fouille a condamné par la suite durablement ce secteur, notamment lors d’un premier transect complet du coteau ouest en 2015 permettant de signaler un fossé inférieur (Us 1085), investi en 2016, et toujours aujourd’hui considéré comme stratigraphiquement antérieur à 1084 malgré une analyse radiocarbone contradictoire (Ly 13229, 969-1046).
La campagne 2024 marqua donc la reprise et l’achèvement de la fouille totale du fossé 1084. La première étape fut un décapage mécanique de 3 jours pour en retirer les remblais de fouille et décaper les 0,80 à 1 m de comblement en place et en partie mécanisée, suivie d’une fouille manuelle d’une durée de 13 jours (fig.1). La majeure partie du fossé confirme les conclusions des observations de 2013 modifiant uniquement notre perception initiale du fossé, moins convexe qu’attendu, son gabarit se tenant à un U à fond accidenté et en pente relative (7 %) sur les deux tiers de son tracé depuis le coteau de La Leyrenne (17 m), marqué par un point haut (394,58 m NGF ; fig.2), et une section sud de près de 9 m à 13 % de pente vers le Thaurion 5 (fig.3). Ce segment méridional a été amoindri brutalement lors de l’élargissement de la route au cours de la première moitié du XXe siècle, son dernier pan montrant les traces des fracturations induites par les explosifs du génie de la voirie. C’est dommageable dans le sens où la relation fonctionnelle avec l’éperon rocheux naturel à proximité est perdue. La fouille de la section sud du fossé de barrage (2021) avait montré l’intégration d’un même élément naturel à l’escarpe du fossé. Dans le cas présent, la courbure naissante à la limite méridionale du fossé conservé porterait à croire que l’éperon naturel participa à l’escarpe du fossé 1084.
Le remplissage du fossé confirme son caractère entièrement vierge, une propreté qui n’a révélé qu’un galet lisse (polissoir ?), des résidus informes de terres cuites architecturales de moins de 2 cm de diamètre, un fragment de briques avec le négatif d’une patte de chien ainsi que deux blocs de schiste (taillés ?), tous déposés sur cette couche argileuse indurée mentionnée précédemment. Les extrémités apportent toutefois une précision stratigraphique. À ces endroits marqués par un renfoncement du fossé qui en a favorisé le piégeage, le fond argileux tapissé d’une terre pulvérulente brune était scellé par un lit de pierrailles (Us 1557,1558, 1559) attestant possiblement des travaux engagés pour la réalisation de la levée défensive occidentale, structure marquée par sa vitrification. En effet, dans le remplissage 1559 plus particulièrement (fig.4), et en un seul point de la contrescarpe, des fragments de tegulae associés à des roches vitrifiées de petit gabarit ont été collectés, ainsi qu’un fragment de meules ayant subi une forte chaleur désagrégeant partiellement le faciès granitique. Ce phénomène est attesté pour tous les fragments de meules (La Tène finale) mis au jour dans les zones vitrifiées. Des fragments de poutres calcinées et deux céramiques pris dans ces amas de pierre 1559 donneront, on l’espère, des éléments chronologiques qui nous font défauts sur les structurées fossoyées du site. Enfin, les protections mises en place sur les extrémités ouest des édifices 5 et 1 ont permis, trois ans après leurs premières fouilles, de procéder pour vérification un deuxième nettoyage de cette zone afin de confirmer les dispositions des poteaux jusqu’à l’escarpe. Lors de la dernière campagne (2021), deux creusements isolés avaient été localisés en limite de berme ouest. L’ouverture complète du secteur en 2024 confirme l’isolement de ces creusements, et interrogera pour toujours l’existence d’un potentiel édifice, détruit par le creusement du fossé 1084, les édifices 1 et 5 datés du haut Moyen Âge étant scellés par la levée défensive occidentale. Peut-être ces vestiges sont-ils d’ailleurs la trace d’une occupation plus ancienne arasée par les aménagements médiévaux lato sensu.
Le secteur 2 a été placé dans le prolongement oriental d’une aire de fouille ouverte en 2018 au niveau du coteau nord du promontoire (fig.5), motivée à la suite d’un premier sondage en 2016 (sondage 6) qui avait révélé une amplitude stratigraphique conséquente constituée de plusieurs terres noires, de poutres calcinées et pierres vitrifiées, le tout scellé par une terre hétérogène pulvérulente noire qui avait livré un scodellato de l’empereur Bérenger Ier (Us 1098, 915-924). Il a été décidé de maintenir un terreplein entre les deux zones pour conserver une stratigraphie témoin, dans un contexte d’évaluation des dégâts occasionnés par la carrière que l’on perçoit particulièrement bien sur la figure 5, le bâtiment 3 ayant été partiellement détruit par l’activité contemporaine. Le décapage mécanique a permis de visualiser sur une distance de 9 m un segment entièrement intact du rempart vitrifié, s’ajoutant au 6 m dégagé en 2018, documentant les matériaux mis en œuvre ainsi que le processus de vitrification à travers trois transects stratigraphiques (fig.6). Le remblai pulvérulent orangé 1111, comportant uniquement des artefacts protohistoriques (meules, céramiques), a été creusé depuis le nord sur une soixantaine de centimètres de profondeur et sur plus de 1,30 m de large (Us 1417) pour créer une surface horizontale permettant de disposer un lit de poutres sur lesquelles ont été déposés des amas de pierre (schiste) adjoints de centaines d’esquilles d’os. Un clou et un fer à cheval y ont été également retrouvés. L’ensemble est scellé par un niveau de terres charbonneuses (Us 1098) que l’on aura garde de confondre avec les terres noires 1028 de l’occupation principale. Le rempart s’affranchit de la ligne de crête, son emprise prenant une légère direction nord nord-ouest / sud sud-est, en légère pente donc. En plan, on a pu parfaitement distinguer l’enveloppe organique calcinée (bois d’œuvre), les foyers centraux (cailloux rubéfiés) et les zones de vitrification (violet) se concentrant contre le rebord nord du rempart, déterminant le vent dominant. L’enrochement entre les deux lignes de poutres (supérieures et inférieures) ait particulièrement massif (fig.7). L’enjeu était la stabilisation de la structure durant son inévitable ploiement engendré par la combustion volontaire des poutres, sa stabilité potentiellement fragilisée par ailleurs par une rupture rocheuse d’origine anthropique parcourant tout le pourtour du coteau, front de taille d’un mètre de haut tout au plus et distant de 7 m de la plateforme sommitale. Ainsi, dans le cas présent, le rempart vitrifié pour sa partie reconnue s’intercale entre la zone d’habitat et cette rupture qui devait accroître visuellement comme matériellement le caractère inexpugnable du site. Au terme de cette recherche, les deux lignes de vitrification (ouest et nord) n’ont aucune relation stratigraphique avérée par la fouille. La connexion entre le rempart nord et le talus défensif oriental, où la vitrification n’a pas été employée, reste non documentée par l’archéologie. La profonde entaille constatée en limite est de l’aire de fouille du secteur 2 laisse un doute quant à sa préservation.
L’achèvement de la fouille de terrain s’est prêté à un conditionnement définitif des artefacts. Le site aura livré notamment 26 monnaies de l’extrême fin du IXe – premières décennies du Xe siècle, 864 tessons de céramiques dont une petite cinquantaine protohistorique, 638 objets métalliques tous radiographiés dont 23 déjà restaurés (88 stabilisés), près de 7000 restes fauniques, mais aussi 15 fragments de meules de La Tène finale, 10 aiguisoirs, 1 hache polie et une petite dizaine de nucleus en silex, 291 fragments d’amphores et des fragments de tegulae et imbrices principalement dans les zones vitrifiées soit 250 kg de rejets, seuls les céramiques, les objets métalliques et les monnaies pouvant, mais pas tous, se prévaloir d’un dépôt primaire. Il s’agit donc avant tout de pertes résiduelles à la représentativité à interroger avec précaution. Le corpus matériel de Murat précéderait les corpus encore peu étudiés des sites du Dognon (Cantié 1981-1991) et de Drouilles (Gady 2000-2004), datés du XIe siècle au plus tôt qui ont l’intérêt comme Murat, de se situer sous l’emprise comtale marchoise dès le XIe siècle.
La campagne a profité également de l’étiage estival du barrage hydroélectrique de la Roche Talamie pour procéder à un nettoyage des vestiges du pont médiéval du moulin de Murat. Les boues accumulées depuis 1931 ont été retirées pour mettre à nu les culées et procéder à un nettoyage sélectif du fourrage du tablier, les pierres de taille résiduelles du parement jonchant le lit de la rivière. Les deux culées sont en pierre granitique installées directement sur la roche entaillée à cet effet (fig.8). La portée du pont mesure 6,10 m pour 2,30 m de large conservée et se place à 1,70 m au-dessus de la ligne d’eau. Les parements de la culée, maintenus sur trois assises, mesurent 0,36 m de haut.
La nouvelle triennale vise également à interroger le particularisme de Murat en explorant les sites d’éperon de la vallée du Thaurion. En aval de Murat, les sites du Châtelard (Les Billanges, 87) et de Peyrusse (Châtelus-le-Marcheix, 23) ont été prospectés, deux éperons fortifiés rive droite du Thaurion comportant des ruines maçonnées à l’extrémité d’enceinte au périmètre réduit à moins de 2 ha. Leur apparente notoriété bibliographique, mieux documentés en sources écrites, ne se départent pas d’une situation de profonde méconnaissance quant à leur origine et leur organisation spatiale.
Enfin, les vestiges du lieu de culte de Murat mis au jour en 2021 méritaient des comparaisons d’édifices rectangulaires. À cette fin, la chapelle de Champroy (XIVe siècle, commune de Saint-Dizier) répondant à cette typologie a fait l’objet d’un relevé topographique et d’une couverture photographique, des travaux en cours de jointement en ciment recouvrant de précieuses informations (fig.9). La paroisse est fondée vers 1150 par le seigneur de Peyrusse, à la garde des chanoines augustins de Bénévent. Michel Aubrun a remarqué que la région de Bourganeuf concentre une foison de créations paroissiales aux XIᵉ et XIIᵉ siècles à l’instigation des récents établissements religieux. La paroisse de Murat aurait pu apparaître durant cette période, avec une forme architecturale rectangulaire (5,90 m de large) comme à Champroy (10 x 6 m), un modèle reconnu également à Touls-Sainte-Croix (14 x 8,50 m) daté de l’époque mérovingienne au XIe siècle.
Ces prospections et la compulsation des corpus mobiliers du secteur seront poursuivies ces deux prochaines années pour explorer la culture matérielle de cette vallée du Thaurion dont Murat est aujourd’hui le point le plus ancien attesté.
Figure 1. Vue générale du secteur 1 en fin de campagne 2024. Vue drone A. Larigauderie

Figure 2. Le tronçon nord du fossé 1084. Vue du nord-ouest

Figure 3. Le tronçon sud du fossé 1084. Vue du sud

Figure 4. Les amas de pierre 1559. Vue du nord-ouest

Figure 5. Vue générale du secteur 2 en cours de fouille. Vue drone d’A. Larigauderie

Figure 6. Le rempart vitrifié du coteau nord en fin de fouille. Vue du sud-est

Figure 7. L’enrochement interne du rempart vitrifié. Vue du nord

Figure 8. Le pont du moulin de Murat sur La Leyrenne. Vue drone A. Larigauderie

Figure 9. La chapelle (paroisse jusqu’en 1837) de Champroy. Vue du nord-ouest

Saint-Dizier Leyrenne (CREUSE). Murat « Les Tours »
Nature de l’opération : fouille programmée ; archéologie du bâti
Période historique :, Haut Moyen Âge, Moyen Âge classique,
Murat, ancien chef-lieu paroissial et seigneurial du comté de la Haute-Marche, est rattaché aujourd’hui à la commune de Saint-Dizier-Leyrenne. Cet habitat est implanté en rebord de plateau à la confluence de La Leyrenne et du Taurion. A une cinquantaine de mètres au nord-ouest des premières habitations, le site étudié occupe l’extrémité de la confluence, dominant d’une trentaine de mètres les deux cours d’eau. Il s’agit d’un promontoire rocheux orienté sud-est/nord-ouest, barré par un profond fossé anthropique, définissant une surface d’environ 1,5 ha dont seule 2500 m² est habitable. La série de huit datations radiocarbones, à défaut d’un mobilier archéologique datant (174 tessons ; 58 objets métalliques ; 1 denier scodellato de Béranger 1er, empereur de 915 à 924) permet de situer l’occupation du site entre la seconde moitié du VIIIe siècle et le IXe siècle de notre ère, pour un abandon au cours du Xe siècle. Quelques amphores de forme Dressel 1B (193 tessons) dans les remblais de nivellement de la plate-forme suggèrent à proximité une occupation de la Tène finale.
Cette fouille programmée confirme la complexité de ces sites perchés d’éperon ou de confluence, globalement toujours classés dans la catégorie des sites anhistoriques tant qu’une fouille et des datations par radiocarbone ne viennent pas appuyer la détermination chronologique et fonctionnelle des édifices qui se sont établis sur la plate-forme. L’oppidum de Murat connaît, entre le VIIIe et le Xe siècle, une occupation dense et organisée de sa plate-forme. Un solide habitat en bois sur sablières basses s’y établit sous la forme d’au moins trois bâtiments d’une superficie dépassant les 30 m², l’ensemble étant défendu par un grand fossé oriental et un petit fossé occidental tourné vers le cours aval du Taurion (Figure 1). A la suite d’un important incendie, une nouvelle phase d’occupation se déroule avec l’édification du rempart vitrifié occidental, précédé d’un nouveau fossé plus haut, et le renforcement de la périphérie de la plate-forme, employant également la vitrification des roches. Cette phase induit la réduction de toute l’extrémité occidentale de la plate-forme, qui est désormais réservée à la défense du site. Un point particulier est l’usage qui est fait du bois dans la défense et plus généralement dans l’aménagement du site. Pour les différentes phases d’occupation, le bois et sa calcination est une méthode volontairement employée pour stabiliser les amas de remblais disposés sur les extrémités et les pentes supérieures de l’oppidum.
L’habitat fortifié résidentiel de Murat livre, selon nous, un éclairage saisissant sur les techniques de construction, la mise en défense du site et sur la forme prise par l’habitat. L’organisation spatiale ordonnée est évocatrice d’un pouvoir maîtrisant de bout en bout les moyens de sa mise en œuvre et œuvrant dans le but de défendre et de contrôler la vallée du Taurion. En l’état actuel de nos connaissances, la pauvreté matérielle résiduelle ne permet pas de rattacher ce site à une aire d’influence spécifique.
Responsable de l’opération : Richard Jonvel

Château de Boves (Somme)
Bilan 2025
Richard Jonvel
La 39ᵉ campagne de fouille du château de Boves s’est déroulée du 30 juin au 2 août 2025, en partenariat avec le Laboratoire BioArch (UMR 7209), qui y a organisé une école de tri dédiée au traitement des restes organiques issus des refus de tamis. La conservation remarquable des restes organiques rencontrés au sein du complexe castral a, dès l’origine du programme scientifique, motivé la mise en place d’une procédure stricte et durable de prélèvement des sédiments. Le rapport de 2020 revenait sur cette pratique, appliquée depuis plus de deux décennies, qui a permis, grâce à un traitement statistique des données recueillies à Boves, d’établir un référentiel adapté à la nature des contextes rencontrés (structures closes ou ouvertes, épandage des rejets détritiques et sols remaniés). Ce référentiel a servi à identifier les besoins en volume nécessaires pour garantir des résultats exploitables et pertinents dans les conclusions historiques.
L’organisation de la campagne 2025 apporte ainsi un complément indispensable à la formation et à la pratique archéologique des équipes, dans la continuité des efforts déployés depuis 2017 pour associer les relevés stratigraphiques aux données matérielles issues de la production agricole et artisanale attestée sur le site. L’école de tri, lors de cette première édition, a traité 22 lots de refus de tamis, pour un total de 61 kg. Parmi ceux-ci, 86 % proviennent des terres noires de la grange incendiée du Xᵉ siècle (bâtiment 2, phase A2), tandis que trois lots sont issus des couches de la haute-cour et de la basse-cour, en lien avec l’étude archéozoologique en cours.
Les aires de fouille de 2025 s’inscrivent, comme les années précédentes, dans la première enceinte et au nord-est de la motte castrale (fig. 1). Engagée depuis deux campagnes dans une réduction progressive des surfaces fouillées, la campagne 2025 a porté sur deux secteurs arbitrairement désignés « carrière » (409 m²) et « châtelet » (494 m²), résultant de la diminution des aires de fouille en vue de clore le secteur 1 (3 775 m²), entrepris depuis 2014. Ces deux secteurs restants, bien que distincts par leur chronologie et leur problématique, s’inscrivent dans un contexte stratigraphique et chronologique désormais bien cerné après plusieurs campagnes.
Le secteur « carrière »
Le secteur « carrière » (409 m²) se situe sous les premières installations médiévales rencontrées dans cette partie de l’enceinte. La fouille porte ici sur une occupation unifonctionnelle en aire ouverte, prenant la forme d’une vaste zone d’extraction de craie blanche à grain très fin, massive, tendre, cohérente mais très fragmentée, datée du Santonien. Les blocs de craie extraits de ces lieux n’étaient vraisemblablement pas destinés à la construction mais à la production de chaux et de solins de craie. Les découvertes monétaires, céramiques et une première datation radiocarbone situent cette activité entre 179 av. J.-C. et 9 ap. J.-C. Une couche d’abandon, comportant des tessons émoussés antiques, permet de dater l’abandon définitif du site vers le milieu du Ier siècle.
Les contraintes imposées par les limites de la réserve archéologique et la profondeur des structures concernées (entre 0,80 m et plus de 2,10 m) ont conduit à privilégier l’une de ces aires d’extraction (Us 4707), qui présente l’intérêt majeur de compléter exhaustivement la stratigraphie en ce point du site et, plus largement, de fournir une première chronologie complète de l’occupation de l’éperon barré.
La carrière 4707 (210 m², phase pré-A), orientée est-ouest, est actuellement reconnue sur une distance de 26 m pour une largeur d’environ 6 m, sur la base de deux profils transversaux complets (fig. 2). Ses extrémités ne sont pas identifiées : l’une s’étend au-delà de la berme est, l’autre a été détruite par le fossé défensif de la motte castrale, qui pourrait par ailleurs sceller son extension vers l’ouest. En surface, cette excavation apparaissait sous la forme d’un remblai argileux riche en galets de rivière, recouvrant des strates de terres et de cailloux plus hétérogènes, épousant les bords et le fond de la carrière de manière stratifiée. Le fond accidenté de la carrière présente une déclivité reprenant la pente naturelle du terrain en direction de l’actuel escarpement (« la falaise de Boves »), vers l’est. Aucun aménagement spécifique n’est apparent dans le fond, à ce stade, mais on notera que les parois évasées étaient recouvertes d’amas de cailloux sans terre, provenant de plusieurs cycles de cryoturbation, et qu’elles s’ouvrent sur des surfaces planes dont l’origine naturelle peut être remise en question. Ces modifications, à la fois anthropiques et naturelles, suggèrent des transformations profondes de l’environnement immédiat de la carrière, potentiellement destructrices pour les installations périphériques et en fond de carrière.
Deux structures, adjacentes à la carrière 4707, permettent d’apprécier tout au moins le taux d’arasement de l’ensemble. Elles prennent la forme de deux creusements rectangulaires (Us 40904, 41036), dégagés partiellement sur 4 et 7 m². Mises au jour en limite de fouille (est), leur organisation spatiale reste incomplète, mais on y relève des similitudes : les sols de circulation sont constitués de craie rapportée ou issus du seul piétinement du substrat crayeux. Si les fosses d’ancrage et les trous de piquets forment les aménagements principaux, un foyer aménagé en pierres équarries, encadré de deux trous de poteaux, montre qu’il peut aussi s’agir d’installations plus élaborées en termes de confort. Une couche limoneuse grise recouvrait ces surfaces, livrant un petit lot de céramique et d’objets métalliques (clous de charpente, alène ?) en cours d’étude. Ces deux espaces pourraient être des ateliers couverts, donnant accès à la veine principale, située à 1,20 m de profondeur par rapport à la surface actuelle de la craie en ces deux endroits. Ces aménagements, uniques à notre connaissance dans les fouilles de carrières proto-antiques de la région, sont complétés par un foyer fouillé en 2023, dont le crassier a été identifié en 2025. Quoiqu’on ait décidé d’écarter la fouille des autres aires d’extraction, le mouvement général paraît être une ouverture est-ouest, avec un réel approfondissement vers la vallée et un aspect plus superficiel en milieu de promontoire. Ces carrières porteraient crédit à une activité économique associant l’aménagement de la vallée et qui, pour la période, trouve son équivalent sur les rives opposées de la confluence Avre-Somme. Dès lors, on se posera l’inévitable question, encore, du rôle de ce promontoire durant l’époque gauloise jusqu’à l’ère de la conquête romaine.
À l’ouest de ces ateliers, outre le recoupement massif de cette carrière par le fossé défensif de la motte, l’entrée d’une galerie souterraine (Us 4704), en fonctionnement entre le Xᵉ et le milieu du XIIᵉ siècle, a entamé les remblais de remplissage et le fond de la carrière 4707. Ces aspects stratigraphiques et structurels feront l’objet d’un complément de fouille en 2026, après les premières investigations menées lors des campagnes 2016 et 2018.
Le secteur « châtelet »
La fouille du secteur « châtelet » a porté majoritairement, en 2025, sur les installations défensives de la porte du dernier château construit sur la motte, que les historiens situent durant le dernier tiers du XIVᵉ siècle (branche cadette des Lorrains). Cette campagne a permis de confronter les données stratigraphiques issues des fouilles de la couronne défensive de la levée orientale, menées en 2011-2013, avec celles de la fouille ouverte depuis 2018 au pied de cette même levée. En effet, les deux programmes archéologiques n’avaient jusqu’alors pas fait leur jonction. C’est désormais chose faite, avec une nouvelle appréciation de l’occupation des sols avant le milieu du XIIᵉ siècle, qui ne cesse de s’étendre vers le sud, et à cette occasion, une réinterrogation du phasage du châtelet d’entrée.
Ce secteur de fouille présente des amplitudes stratigraphiques importantes, du sol naturel à 69,50 m NGF jusqu’à la plus récente préparation de sol en craie à 76,30 m NGF, soit près de 7 m de sédiments. Cette situation nécessite une stratégie de mécanisation sélective et progressive sur plusieurs années, afin de garantir la sécurité des équipes et de s’assurer que chaque nouvelle étape de fouille soit précédée d’une compréhension consolidée des parties précédemment détruites.
Le châtelet d’entrée a été dégagé partiellement sur une distance de 11 m (d’est en ouest) et une largeur de 6 m dans œuvre mais hors tour, également incomplète à ce stade (fig. 3). Après la première synthèse proposée en 2013 et publiée en 2023 dans la Revue archéologique de Picardie, il est nécessaire de revoir à la fois le plan et l’évolution de cette structure, dont l’homogénéité est remise en cause suite aux fouilles de 2025. Sans être définitif, et dans l’attente des compléments de fouille à venir, deux phases de construction ont été identifiées, principalement à partir des maçonneries reconnues dans les parties nord.
La construction de la rampe d’accès est associée à un premier état du châtelet, comportant une porte charretière de 3 m de large, défendue par deux tours en fer à cheval et donnant sur un préau de faible longueur, peut-être entièrement couvert. Ce corridor était complété d’un pont-levis, dont nous ignorons encore tout mais qu’indiquerait clairement l’arrêt net de la maçonnerie, marqué par un appareillage en carreaux de grès surmontant les fondations calcaires. Un fossé fut maintenu ainsi, dans un premier temps, entre le châtelet et la cour du château. Le second état du châtelet résulterait d’une importante reconstruction, associée au comblement définitif et rapide du fossé. Un massif de fondation réduit de moitié la largeur initiale de la porte, passée à 1,60 m, sans que l’on en comprenne encore la fonction ni la portée dans le plan de circulation d’accès au château. Au-delà de l’arcade de l’entrée, le préau est étendu sur le fossé comblé, avec la réédification des murs périphériques qui se superposent à l’état ancien, suggérant un état de ruines avancées des installations ou une refonte complète de la mise en défense de l’entrée, dans un contexte guerrier désormais très défavorable à l’ancien système défensif. Ces travaux sont perceptibles dans les différents états de chaussées fouillés lors des campagnes précédentes. Les dernières préparations de chaussées surmontent en effet des remblais constitués de déchets de matériaux, qui pourraient témoigner de cette dernière phase de restructuration.
À l’instar des travaux engagés sur les portes d’Amiens, et comme on pourrait le démontrer sur d’autres forteresses (Toutencourt), une agitation spécifique anime les résidences castrales, devenues, par la force de l’éloignement de leur seigneur, des forteresses pleinement intégrées à la défense en profondeur du territoire amiénois. Le château de Boves en est un exemple archéologique concret, fournissant des éléments probants de ces travaux qu’il conviendrait, si possible, de mieux dater pour en comprendre la portée historique.
La fouille de ce secteur a également porté, de manière plus limitée et sous la forme de fenêtres complémentaires, sur les occupations établies au pied de la levée défensive orientale, en prévision des mouvements de terre inévitables qui seront générés par la poursuite de la fouille du châtelet. Si cette précaution présente l’inconvénient de morceler la fouille des niveaux anciens, elle offre l’avantage de mieux comprendre la dynamique de formation de la levée défensive orientale. Les étapes en sont les suivantes, tout en précisant les zones d’ombre restant à élucider :
• la première occupation médiévale s’installe sur des argiles à silex se confondant avec les comblements des carrières plus au nord. Au sein de ces argiles, les tassements en apparence incohérents et les buttes crayeuses énigmatiques témoigneraient d’anciennes carrières antérieures à l’occupation médiévale. Une réserve doit être émise sur ce point : le secteur est également connu pour son réseau de galeries souterraines des XIᵉ-XIIᵉ siècles, attesté depuis 2019 et ayant entraîné de nombreux effondrements au sein de l’habitat médiéval directement au nord de ce secteur fouillé en 2025.
• Les premières structures (phase A1) – trous de piquets, fosses – s’insèrent dans des terres détritiques brun foncé riches en charbons de bois, scellées par un apport d’argile brune compacte et homogène sur laquelle s’étend la première organisation spatiale réellement structurée (phase A2). Les sols de terres noires sont associés à de multiples foyers, des rejets fauniques de grande densité et de multiples préparations de sols en craie, surmontées par endroits de zones de gâchage de torchis. L’extension de ces installations, probablement en matériaux périssables, sous les remblais de cailloutis de la levée défensive orientale est avérée, sans que l’on en connaisse la limite exacte. Ces espaces de l’habitat primitif ont été fortement réduits par le creusement d’un état du fossé défensif de la motte, que nous situons au milieu du XIIᵉ siècle (fig. 4).
• Nous avons démontré, les années précédentes, qu’au début du XIᵉ siècle, un épais matelas de remblais crayeux, d’au moins un demi-mètre d’épaisseur, a contribué à donner un nouvel élan à l’habitat castral (phase B). Dans le secteur concerné en 2025, ces remblais se surélèvent en direction du sud et participent à un nouvel état de la levée défensive orientale. Cependant, les événements ultérieurs ont été moins propices à la conservation des occupations liées à cette phase B, largement nivelées par l’installation d’une aire de chantier destinée à la construction du château du milieu du XIIᵉ siècle (phase C). En l’état, les poteaux des bâtiments paraissent fortement arasés dans ce secteur et, bien que déconnectées de tout sol d’occupation associé, quelques fondations en pierre pourraient également résulter de cette époque.
• Plus généralement, et dans la continuité des précédentes années, cette occupation de la phase B paraît donc résister à toute analyse. À partir du milieu du XIIᵉ siècle, bien attesté grâce à un lot de 120 méreaux, un cheminement en galets de rivière dessert une zone de chantier qui connaît plusieurs épisodes de réfection, contribuant à des surhaussements inégaux des sols sur quelques décimètres, révélateurs des métiers en action (tailleurs de pierre, forgerons, etc.). Ce chantier s’installe au pied de la levée défensive orientale, profilée à cette occasion pour s’adapter à l’ouverture d’un puissant fossé ceinturant la motte castrale, connecté au fossé de barrage de l’éperon. La forme et le gabarit du réseau fossoyé antérieur restent incertains, mais il est possible que le chemin attesté à travers ce chantier de construction desservait le château du XIIᵉ siècle. La fouille de 2025 a par ailleurs révélé la présence de terres grises de ce chantier se poursuivant sous les remblais de construction du châtelet d’entrée, autorisant l’hypothèse d’un passage aménagé à cet endroit au-dessus du fossé, entièrement oblitéré par le châtelet ultérieur. Cette chronologie établit d’une part un nouveau scénario de la mise en défense de la forteresse médiévale et, d’autre part, distingue plus clairement les différentes étapes d’apports de remblais dans la constitution de la levée défensive, seuls les premiers temps échappant encore à nos recherches.
En conclusion, les relevés stratigraphiques dressés depuis 2019, d’est en ouest et du nord au sud à travers ces épaisseurs de remblais, permettent progressivement d’écrire une histoire complexe mais éclairante sur la technicité pour adapter l’environnement direct du château – et pas uniquement sa défense – à la fonction de l’habitat à l’intérieur de l’enceinte. Enfin, la campagne 2025 a marqué l’aboutissement de l’étude intégrale des quelque 345 fragments d’objets en matière dure animale, issus des campagnes 2014-2024 menées à l’intérieur de l’enceinte. Cette étude met en lumière la variété des productions manufacturées au sein d’un habitat castral entre le Xᵉ siècle et le milieu du XIIᵉ siècle, à l’instar des autres mobiliers variés et en grand nombre dont les études se poursuivent.
Ce programme archéologique bénéficie du soutien du Service Régional de l’Archéologie des Hauts-de-France, d’Amiens Métropole, de la commune de Boves, du Centre Michel de Boüard à l’université de Caen Normandie (CRAHAM UMR 6273) et du laboratoire BioArch du Museum National d’Histoire Naturelle de Paris (UMR 7209). Le volet médiation est plus particulièrement soutenu par le département de la Somme et la direction du Patrimoine et de la Culture d’Amiens Métropole.
En 2025, plusieurs communications ont concerné le site de Boves :
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au Muséum National d’Histoire Naturelle (Paris, mars 2025), sur la grange incendiée du Xe siècle (bâtiment 2) et les études bioarchéologiques (Richard Jonvel) ;
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au laboratoire LAMOP (Paris, mars 2025), sur les carrières à Boves (Pierre Gillon, Richard Jonvel).
La médiation archéologique a été assurée par la programmation de plusieurs visites des fouilles en juillet et l’organisation de quatre randonnées commentées du parcours archéologique, en co-organisation avec la mairie de Boves. L’ensemble de ces évènements est relayé par le catalogue de la direction du Patrimoine d’Amiens Métropole, Pays et Ville d’Art et d’Histoire.
Un grand merci à Marc Racinet pour l’audience numérique offerte à cette opération archéologique sur le site internet du cahmer : www.cahmer.fr.



Bilan scientifique 2022 – site castral de Boves (Somme)
La fouille archéologique pluriannuelle du site castral de Boves a mené en 2022 sa trente-sixième campagne de terrain. Elle s’est déroulée du 30 mai au 2 juillet dans des conditions météorologiques favorables, parfois caniculaires, très différentes de l’ambiance pluvieuse de 2021. La campagne 2022 a porté sur une surface de 1001 m² à travers l’ouverture de quatre secteurs sous la direction de quatre responsables de secteur (figure 1). Une équipe d’une quarantaine d’étudiants a participé à cette campagne. Depuis 2014, la première enceinte ou cour basse du château de Boves fait l’objet d’investigations archéologiques. Le secteur 1 de l’Aire IV d’une superficie de 3571 m² a majoritairement été investi par les neuf campagnes précédentes. Cette année a permis d’amorcer la réduction progressive des aires de fouille encore actives dans ce périmètre. Au terme de ce premier secteur de fouille dans la première enceinte du château, le terme « basse-cour » n’apparaît plus approprié. La cour basse étudiée alterne des phases de connexion et de déconnexion avec la cour palatiale puis seigneuriale entre le Xᵉ et le XIIᵉ siècle ; la « basse-cour » de l’image d’Épinal semble naître au moment où l’occupation s’y estompe. Au XIIIᵉ siècle, la place est vide alors même que la vie seigneuriale et la seigneurie de Boves apparaissent dans leur plus grande vigueur. Avant cette période, l’occupation de la cour basse est dense, organisée à travers un réseau de voiries et de cours, qui dessert des bâtiments sur poteaux de grands gabarits laissant entendre des étages. Le mobilier archéologique d’une grande variété offre des correspondances typologiques avec la haute cour. Les distinctions sont subtiles et nécessitent des analyses approfondies pour préciser les différences entre les deux espaces. Mais on reste sur une idée encore bien incertaine sur l’évolution de ce quartier médiéval. Les plans complets d’édifice sont encore rares et on évolue au sein d’un habitat dont on ne maîtrise pas encore les limites.

Le secteur Bâtiment 2 (figure 2), ouvert depuis 2014, a vu s’achever la fouille d’un vaste bâtiment de vannage de 176 m² (phase A). Il se compose d’une halle de plain-pied avec dans le vaisseau central une mezzanine. La spécificité des restes organiques conservées in situ, des centaines de milliers de grains céréaliers, a motivé dès 2020 la mise en œuvre d’un carroyage formant 420 carrés de 0,50 m de côté divisé en quart à destination d’un géoréférencement précis des artefacts et des prélèvements d’un peu plus de 4000 L de sédiments. Les données carpologiques se présentent ici sous la forme de grains carbonisés d’une conservation exceptionnelle, bien loin de l’état des lots minéralisés recueillis sur la plate-forme, objets d’une première thèse (Preiss 2011). Cette stratégie de fouille a largement servi l’étude rigoureuse des neuf états de terres noires et préparations crayeuses déterminés à travers les sept pièces du bâtiment 2. La disposition des zones de chauffe, des cloisons mobiles, des fosses dépotoirs et des centaines de trous de piquets complètent le panorama de l’organisation interne de l’édifice. Toutes les datations convergent vers le Xe siècle avec un abandon situé entre 990 et 1020 de notre ère. L’emprise de l’édifice se superpose à une cuvette argileuse qui sera l’objet des investigations de 2023 car le caractère uniquement naturel de cette « dépression » se pose.

Le secteur Tour, à l’est du bâtiment 2, correspond au bâtiment 14 qui paraît piloter, selon la fenêtre archéologique actuelle, l’organisation du quartier médiéval. L’édifice sur fondation en pierre d’1,10 / 1,30 m de large est partiellement reconnue en raison de son extension hors de l’aire de fouille. Ses deux sols intérieurs n’ont apporté aucune information sur l’usage de cet édifice qui pourrait être une tour au sein de l’enceinte. Une cour soigneusement réalisée en galets de rivière et cailloutis de craie s’étend au nord de cet édifice. La pérennité de celui-ci est confirmée par les 0,80 m de sols successifs qui s’adossent à l’encontre de la fondation du bâtiment 14, ces couches remontant au plus tôt actuellement à la seconde moitié du Xᵉ siècle. On constate d’ailleurs que les bâtiments 2 et 14 sont légèrement orientés différemment, malgré leur accolement. Cet édifice a la particularité par rapport aux édifices de la phase A, le bâtiment 2 en étant le seul reconnu complètement, de survivre à une importante phase de nivellement du terrain qui se traduit par un apport en milliers de m3 de matériaux crayeux (phase B1). L’occupation primitive se voit ainsi effacée du paysage, à l’exception du bâtiment 14, mais pas des mémoires (phase B). En effet, la cour du bâtiment 14 est employée à desservir de nouveaux édifices qui ne rompent ni les axes de circulation antérieurs ni la disposition générale des précédentes constructions. La phase B1 correspond donc à un évènement extrêmement rapide, avec maintien de la population fine connaisseuse du terrain. L’évènement se situerait vers les décennies 1020 – 1030. L’hypothèse actuelle est d’associer cet évènement majeur avec la réalisation du fossé défensif de la motte castrale. Le phénomène est unique et marque probablement une étape importante dans l’organisation du château. C’est la première fois, à travers les vestiges rencontrés dans la cour basse, que la présence du château se fait remarquer. Le bâtiment 14 est abandonné au plus tard au XIIIᵉ siècle, les remblais issus de sa récupération minutieuse sont recouverts par un nouveau réseau de voirie (phase D) dont de belles ornières ont été mises au jour cette année.
Les secteurs Bâtiment 2 et Tour recouvrent une première aire d’ensilage qui regroupe actuellement une dizaine de silos (phase A1). Son importance et la nature de l’habitat qui l’accompagne ne sont pas encore bien comprises. En revanche, sa structuration se perfectionne ultérieurement sous la forme d’un parcellaire rayonnant autour du bâtiment 2. En 2022, le secteur Sud, de 110 m² environ, a permis de circonscrire la troisième parcelle de ce type observée uniquement entre les bâtiments 2 et14 au nord et les puits et ouvertures de carrières au sud. Ces trois parcelles comptabilisent à ce jour 80 silos. Une dizaine de silos ont pu être fouillés entre les secteurs Tour et Sud. Les profils sont majoritairement cylindriques pour des profondeurs dépassant majoritairement 1,20 m. Les remplissages sont de deux types, diamétralement opposés. La majorité offre un remplissage crayeux vierge de tout mobilier. On les associe volontiers à des abandons suivis d’une nouvelle réalisation, parfois recoupant le précédent creusement. Une minorité est employée comme fosse dépotoir où le mobilier métallique, appartenant au domaine équestre et militaire, est particulièrement bien représenté.
Ce secteur Sud a la particularité de se situer sur une surélévation du plateau crayeux, ayant favorisé l’érosion des sols, que ce soit naturellement ou volontairement. Mais l’abaissement progressif du terrain vers l’est a permis, à cet endroit du secteur (ouvert depuis 2014), la préservation de quelques surfaces de circulation dont l’extension s’améliore toujours un peu plus vers l’est. L’aire d’ensilage (phase A) fait place à des fonds de cabane et des édifices sur poteaux (phases B, C) recoupant le remplissage des silos. Quelques soles foyères permettent de situer quelques intérieurs d’édifices. Toutefois, ces données restent encore fragmentaires, loin de la qualité des terres noires des édifices plus au nord ou plus au sud. Tous ces vestiges, dont les fourchettes chronologiques annoncent un abandon au plus tard vers 1150, sont recouverts par des remblais de terres grises détritiques (restes fauniques). Celles-ci marquent un arrêt brutal de l’occupation en corrélation avec la mise en place du nouveau réseau de chemin évoqué. Le mobilier céramique est d’une très grande pauvreté, les tessons du XIIIᵉ siècle ne dépassant pas la centaine de fragments recensés, période transitoire se poursuivant tout au long du XIVᵉ siècle. C’est l’érection du château des Ducs de Lorraine qui favorise un nouvel aménagement au sein de la cour basse. Une rampe d’accès est mise en œuvre pour desservir le nouveau châtelet, branchée directement sur la voirie médiévale comme on a pu le constater cette année, avec un recouvrement partiel. Cette nouvelle cour libre de construction à proximité du châtelet est modifiée tardivement, au cours de la seconde moitié du XVIᵉ siècle. Une défense avancée en forme d’éperon est élevée en débord sur les voiries existantes. La voirie centrale devient alors inutilisable. Les deux maçonneries à pan coupé que l’on suit depuis la contrescarpe du fossé de la motte, se rejoignent pour ne former qu’une seule maçonnerie annonçant une porte, qui échappe de peu à l’aire de fouille actuelle. Ce phénomène marque la troisième et dernière influence du château sur sa cour basse.
Le secteur Nord a largement été délaissé jusqu’en 2018, convaincu que nous étions de la totale inexistence d’une occupation au pied de la motte secondaire faisant suite aux repérages de 2012, puis 2014. L’imposant remblaiement évoqué ci-dessous explique ce premier jugement que les dernières campagnes ont largement contredites. La motte secondaire est érigée au moment où l’occupation de la cour basse s’estompe, vers le milieu du XIIᵉ siècle. Sa construction pourrait être associée au nouveau château des sires de Boves construits à la même époque. Son emprise recouvre en tout cas les occupations structurées des phases A et B. Le doute subsiste pour la phase C où une coexistence est tout à fait envisageable, la difficulté résultant des données encore éparses conservées pour cette phase. Les bâtiments 15 (phase A) et 16 (phase B) en cours de fouille en 2022 livrent des plans tout à fait comparables aux édifices plus au sud, et s’étendant sous la motte secondaire (plus de 100 m²). Il s’agit d’édifices sur poteaux plantés avec des séries de sols de terres noires bien préservées. On observe un plus grand dépôt d’artefacts abandonnés sur ces sols, des aiguisoirs, des poinçons, des lames de couteaux. Ces deux édifices semblent contemporains de deux latrines entièrement fouillées cette année, mesurant 2,80 m de profondeur. Une des deux a révélé un grand nombre de fragments de verrerie globulaire à filets de verre sur la panse et des poteries archéologiquement complètes, avec même une oule entière datée Xᵉ-XIᵉ siècle. Une petite placette piquetée d’au moins 120 trous de piquets, répartis de part et d’autre à ce qui s’apparente à une sablière débouchant sur une des sablières, s’étend au sud des deux latrines. Au-delà, quelques trous de poteaux laissent entendre un nouvel édifice qui s’étendrait à l’ouest des bâtiments 15 et 16.
Enfin, de nouveaux indices remettent en cause l’idée que les fonds de cabane apparaîtraient dans un second temps. Si ce jugement est pertinent au sud des bâtiments 2 et 14, il s’avère que des fonds de cabane entrent dans le panel des constructions dès la phase A, au nord. En effet, trois structures de ce type sont aujourd’hui distinctement identifiées. Il ne s’agit pas des plus importantes des 13 dénombrés en termes de surface mais elles s’organisent de manière bien différente de celles plus au sud. Par ailleurs, ces fonds de cabane ne recoupent pas de silos, autre différence notoire. Mais comme pour les silos de la phase A plus au sud, les remplissages sont diamétralement opposés : soit tout en matériaux crayeux vierge de mobilier soit employé comme fosse dépotoir. On attend avec intérêt le résultat des études comparatives du mobilier pour confirmer les chronologies envisagées et les différents usages constatés, notamment après abandon de la fonction primaire de la structure.
De manière générale, la campagne 2022 confirme l’exceptionnelle préservation des couches archéologiques retraçant du Xᵉ au XIIᵉ siècle l’habitat structuré qui se développe au pied de la motte. On peut parler désormais parler d’un quartier où la population se maintient durant deux siècles. Les périodes plus récentes sont mises en lumière à travers une stratigraphie plus segmentée, associée à des lots mobiliers bien plus pauvres. Mais tous ces éléments apportent des données matérielles inédites sur les fonctions de cet espace à travers le temps, que l’on suppose parfois en lien avec des évènements au château mais pas de manière systématique.
RECHERCHES PLURIDISCIPLINAIRES SUR LE SITE CASTRAL ET PRIORAL DE BOVES (SOMME)
Situation géographique
La motte castrale de Boves est un site de défense aux portes d’Amiens. Située à 8 km au sud-est, à la confluence de la vallée de l’Avre et de la Noye, cette forteresse est barrée par un puissant fossé. Sans équivalent, cette résidence aristocratique fortifiée et siège de pouvoir, est fondée et tenue pendant quatre siècles par les ambitieux seigneurs de Boves.


Les atouts majeurs de ce site
Ce site constitue un ensemble exceptionnel qui allie d’importantes sources documentaires à une longue chronologie d’occupation (Xe-XVIe siècle) et à un état des vestiges peu souvent rencontré en France. Ces éléments ainsi que l’ampleur de la stratigraphie et la présence d’une occupation ancienne sont, en effet, rarement associés sur les sites castraux et permettent d’analyser finement le processus de mise en place et d’évolution du siège d’une importante seigneurie. Trois raisons principales font de Boves un site de très grand intérêt. Tout d’abord, la stratigraphie de type urbain, à la fois complexe et dense, permet une datation interne fine, ce qui est exceptionnel, en particulier pour les périodes anciennes. Ensuite, on connaît le type d’occupation, une résidence aristocratique, qui reste le même du IXe à la fin du XVIe siècle. Enfin, le chantier ne cesse de livrer un mobilier abondant, riche et très diversifié.


Pour les phases anciennes, la richesse et la diversité du mobilier, la grandeur des bâtiments et la taille des structures (silos, caves, poteaux) indiquent un site résidentiel à statut nettement privilégié et à très forte densité d’occupation. L’implantation d’une résidence aristocratique sur une butte anthropique, au moins aménagée à cette occasion, au début du Xe siècle, est suffisamment rare pour mériter l’attention des archéologues et des historiens, tout en fournissant des éléments pour réévaluer la chronologie de l’apparition et du développement des châteaux en Picardie.

Sur le plan historique, il s’agit de compléter la thèse soutenue en 2003 sur les seigneurs de Boves (Xe – XIIIe siècle) en travaillant sur l’aire d’intervention du lignage de Coucy. Ce vaste territoire (1900 km2) est relativement homogène car constitué sur la base de trois anciennes seigneuries contiguës (Coucy, Marle et La Fère). Outre les trois forteresses principales, il compte sept places fortes secondaires, dont deux au moins antérieures au XIIIe siècle, une dizaine de monastères et une douzaine de villae. Les seigneuries et les monastères insérés dans cette zone d’influence sont en relation avec les grands ensembles politiques et économiques riverains : les évêchés de Soissons, de Noyon, de Laon et, dans une moindre mesure, de Reims, les lignages de Rozoy, de Pierrepont-Montaigu et de Roucy, le comté de Vermandois et le domaine royal. Par ailleurs et surtout, une grande recherche est engagée, dans le cadre d’une thèse, sur le château et la seigneurie de Boves entre la fin du XIIIe et la fin du XVIe siècle, qui viendra combler un vide scientifique important avec une documentation historique particulièrement abondante, tant dans les dépôts d’archives picards que dans ceux de Lorraine.
Une fouille programmée depuis 1996…
Cette fouille bénéficie de l’appui financier de
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l’État (ministères de la Culture et de la Recherche)
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des collectivités territoriales (Conseil Régional de Picardie, Conseils généraux de l’Aisne, de l’Oise et de la Somme, et d’Amiens Métropole).
Plusieurs centres de recherche spécialisés collaborent à cette approche pluridisciplinaire : le laboratoire d’archéozoologie et de carpologie de Compiègne (CRAVO), le centre de datation par le radiocarbone de l’Université de Lyon II, Archéolabs…
En parallèle et sur le plan pratique, le site castral de Boves est devenu depuis 1996 un chantier-école accueillant, chaque année et pendant deux mois, une vingtaine de stagiaires issus de la plupart des universités françaises. L’encadrement sur le terrain et l’enregistrement des données, sont assurés par une équipe bénévole hautement qualifiée.

Bibliographie
Le programme de recherche fait l’objet de rapports scientifiques annuels et de DFS trisannuels déposés au Service régional de l’Archéologie de Picardie. Plusieurs publications ont été réalisées.
Ph. RACINET (coord.), « Le site castral et prioral de Boves du Xe au XVIIe siècle, Bilan des recherches 1996-2000 », Revue Archéologique de Picardie, n°spécial 20, 2002.
« 1000 ans d’architecture dans le château de Boves, la motte castrale de Boves, résidence aristocratique et siège de pouvoir », Archéologia, n°414, septembre 2004, pp. 37-49.
Ph. RACINET, « Un lieu de pouvoir exceptionnel aux portes d’Amiens : Boves (Xe-XIIe siècles) », Les lieux de pouvoirs au Moyen Âge en Normandie et sur ses marges, table rondes du CRAHM, Caen, 2006, pp. 119-148.
Ph. RACINET (coord.), « Le site castral de Boves du Xe au XVIIe siècle (Somme). Bilan des recherches archéologiques 2001-2006 », Revue Archéologique de Picardie, n°1/2, 2008.